L'architecte
"Dans une pièce sombre dont les persiennes sont tirées, est assis un homme fatigué. Ce doit être un salon à en juger par les formes qui se détachent des houses sur les meubles. Un canapé, un meuble télé (Ikea sans doute), une cheminée en marbre et un bar américain.
Tout est poussiéreux, comme laissé à l’abandon.
Mais ça n’a pas toujours été comme ça.
L’homme est architecte est ceci est sa maison.
Et ce soir l’architecte est triste, la grande maison est immobile, pas un geste pour le déranger. Rien ne bouge que la flamme de la bougie qui anime les ombres sur les murs dans une danse macabre aux mouvements retenus.
Il se souvient pourtant du feu de bois,
Crépitant dans la cheminée
Et dont la lueur, un soir de grand froid,
Les avait poussé à danser.
Pas une valse, pas un slow, pas vraiment de pas de danse.
Juste serrés l’un contre l’autre comme dans les années cinquante,
Lorsqu’on commençait le morceau tenant la taille de madame et l’épaule de monsieur,
Les mains restantes tenues ensembles comme pour fermer un cercle intime.
Puis le diamant avançant dans le sillon,
La clarinette se faisant plus douce,
Ils se sont serrés un peu plus fort,
Jusqu’à sentir les battements de cœurs de l’autre
Et unir leurs lèvres brûlantes d’émotion.
Mais ce soir, l’architecte est triste et ses lèvres sont glacées, la grande maison est silencieuse, pas un bruit pour déranger. Le bois des escaliers craque par intermittence comme un coup de feu dans le néant, déchirant le silence et se répercutant dans toutes les chambres. Vides.
Il se souvient des quatre enfants
Courant partout nuits et jours,
Laissant échapper aux quatre vents
Leurs doux rires de velours.
« Au lit à huit heures !», c’était la règle
Imposé par la maman.
Un bisous chacun, un regard espiègle
Comme pour dire « on vous attend »,
Et à peine les enfants couchés
Voila que débarquaient les parents
Pour une bataille de polochons usés
Dont sortaient vainqueurs les enfants.
Un dernier câlin mais pas trop fort,
On éteint la lumière et puis on sort.
Venait alors le tour des parents
De se montrer doux amants.
Et ce soir l’architecte est triste, son beau jardin n’est plus l’ombre de lui-même, tout est mort et seules les mauvaise herbes peuvent encore y grandir en paix.
Toutes les herbes qu’il avait plantées, basilic, persil, ciboulette ou romarin, font désormais le festin de pucerons et de limaces. Quant aux fleurs qu’elle avait choisies, un parterre de coquelicots sauvages, celui-ci a dépéri peu après son départ
Il se souvient des beaux jours, ceux de la construction,
Lorsque tout restait encore à faire dans cette future maison.
La salle à manger n’était pas prête
Alors ils tiraient un drap blanc sur une table de jardin
Et s’improvisaient un repas de fête,
A peine fait d’amour et de vin,
Parlant à n’en plus pouvoir de ce qu’ils allaient bien pouvoir planter.
Elle voulait des coquelicots « parce qu’on dirait qu’ils sont mal rangés ! »
Et sauvages parce ça lui faisait penser à leurs unions.
Lui ne pensait qu’aux herbes aromatiques
Pour pouvoir lui mijoté
Tous ces petits plats sympathiques
Dont il se vantait d’avoir le secret.
Alors l’architecte est triste, son beau jardin est défoncé par les roues des bulldozers qui dès l’aube, engloutiront la maison et lui avec. Devant lui se dresse une bouteille de Porto – dix ans d’âge, late bottled vintage – à moitié vide dont il ne boira plus une goutte. Le reste n’est pas pour lui mais bien pour elle. Il regarde la bouteille est ne peut s’empêcher de penser qu’il est comme elle : à moitié vide et le reste ne lui appartient plus.
Elle a emménagé dans un autre appartement dont il n’a pas les clés."
7 gribouillage(s):
Coucou...
Et bienvenue la secte des ex-fotoblogeurs !
Pour la chronique, c'est beau.
Moi, je pense à cette femme dont tu parles… C’est vrai, quand on raconte des histoires aussi joliment tristes, on ne pense pas forcément à ce qu’il y a derrière…
Tu vois, je suis sûre que cet appartement dans lequel elle est est trop grand pour elle, et se vide un peu plus tous les jours. Je pense qu’il ressemble à tous ces endroits trop vastes et pourtant trop étouffants parce que les souvenirs qu’on y traîne collent aux murs. Je suis sûre que quand elle regarde par sa fenêtre la ville grise, elle regrette son jardin et tout ce que cet architecte avait fait pour qu’elle s’y sente bien. Peut-être qu’elle pleure dès qu’elle repense au passé, qu'elle regrette ce "gachi de sentiments", et peut-être même qu’elle ferait tout pour revenir en arrière et changer d’avis tant qu’il était encore temps.
Tu décris un bonheur tellement parfait, comment pourrait-elle faire autrement ?
ou alors cette femme est super heureuse dans son nouvel appart loin de cet homme quelle ne supportait plus...
Le sujet me dépassant, je ne me perdrais pas en élucubrations... qui quoiqu'il en fut, ne seraient-elles pas de toute façon dépassées...?
Cependant...
Cependant c'est beau... Très beau, sincèrement, très touchant...
Rabat joie qui porte bien son nom! Je reste convaincue de ce que j'ai écrit, et je trouve que ta réponse ne respecte pas les sentiments de cette pauvre fille. D'ailleurs pourquoi elle ne le supporterait plus?! Mais pense ce qui t'arrange apres tout, si ça t'aide...
rhoo, le manque d'humour!! je disais ça surtout pour faire ma chieuse, mais celà dit, si cette "pauvre fille " quitte son homme c'est pas juste pour suivre la mode... ou alors elle est complètement idiote!
Whohohoh!!!!! ON SE CALME! Vous êtes sur MON blog et le respect y est de mise.
J'espère que je suis clair à ce sujet.
^_^ a dit...
"et peut-être même qu’elle ferait tout pour revenir en arrière et changer d’avis tant qu’il était encore temps."
Pour l'amour du ciel et de l'architecte! qui a dit que c'était trop tard?
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