Aujourd'hui, on n'a plus le droit...
J'ai changé de boulot.
Enfin, je fais toujours le même boulot, mais pas au même endroit. J'ai changé de boite.
Fini les tartes artichauts-vinaigrette, les salades aux champignons et les plats du jour de la semaine auxquels on ne rajoute qu'une épice tous les jours pour pouvoir changer l'appellation. Fini!
Je me suis lancé dans le bénévolat volontaire de plein gré en m'inscrivant comme serveur aux... Restos du Coeur!
Pas de curriculum vitae à fournir, du moment que tu réponds aux "critères". Et pour savoir si tu réponds aux "critères", un coup d'oeil suffit. Pour ma part, un simple "bonjour" au téléphone à suffit à convaincre les dirigeants que j'avais ma place parmi les leurs.
Mais laissez moi vous en dire un peu plus...
Ne vous êtes vous jamais demandé ce que deviennent les centres accueils des Restos durant l'été, quand les nécessiteux sont toujours dans le besoin mais que tout le monde s'en fout parce qu'il fait beau et que les Enfoirés ne sortent pas leur disque annuel ?
Et bien je vais vous le dire.
Les Restos du Coeur, durant cette période de disette, soucieux d'assurer la pérennité de cette association coluchienne, se transforment en resto à but lucratif comme n'importe quel gastos du genre brasserie.
Le principe reste très commun donc, mais la clientèle ciblée est un peu particulière.
Aux Restos du Coeur, on accueille des gens malheureux. Ceux qui ont froid et faim en hiver, et les "autres" en été. Les "autres", vous savez, ceux qui ont mal à l’intérieur, dans la zone supérieure gauche du thorax pour des raisons complètement irrationnelles du point de vue de la science.
En hiver les "clients" des Restos bénéficient d'un accueil, d'une prise en charge et d'un suivi clientèle très chaleureux, emprunt d'humanité, de sympathie et de gratuité. En revanche, il est bien connu que les malades du cœur et autres handicapés du sentiment qui fréquentent les lieux en été aiment se complaire dans leur malheur et en groupe si possible.
Par conséquent et dans le souci de satisfaire au mieux le client, un grand nombre d'inattentions leur sont portés.
Le personnel tout d'abord. Il va de soi que pour bien comprendre le client, le serveur doit se trouver dans le même état de dépravation sentimentale que lui (d'où mon embauche immédiate). Chaque réservation prise par téléphone doit susciter chez le serveur l'envie soudaine de regarder son portable pour voir s'il n'a pas de messages ou d'appel en absence. Il vérifiera ceci durant la prise de réservation et foirera cette dernière par manque d'attention et par dépit de ne voir aucune enveloppe clignoter sur son portable. Le service n'en sera que plus bordelique. Tout détail insignifiant rappellera au serveur l'être aimé et perdu ce qui provoquera une crise de larme au milieu des clients ou la montée d'une boule dans la gorge rendant toutes prises de commandes impossible. Les mains tremblantes, il reversera presque à coup sur le café sur le client.
Le décorum. Les affiches scandant des messages pleins d'espoir qui ornent les murs en hiver sont laissées en l'état pour rendre l'ambiance pathétique. Par souci d'économie, la lumière de la salle est celle de néons datant de l'époque de Léon Blum et l'on prend même le soin d'en installer un ou deux dont on est sur qu'ils clignotent bruyamment. De cette manière, on use les nerfs déjà bien tendus et tout le monde a le teint verdâtre comme après une mauvaise nuit.
Il n'y a que des tables de deux couverts et quand les clients viennent seuls, ce qui est généralement le cas, on oublie volontairement d'enlever le couvert en trop sur la table. En revanche on oublie jamais de demander "Monsieur (Madame) dînera seul(e)?" pour rappeller sa condition au client.
La musique ensuite. Une playlist de quelques morceaux jouée en boucle encore et encore :
James Blunt – Goodbye my lover
Michel Jonas – Dites moi
Alain Souchon – Allo maman bobo
Rolling Stone – Paint it black
Jeff Buckley – Hallelujah
Brian Adams – Everything I do
Ben Harper – Alone; Please Bleed
Louis Bertignac – Ces Idées là (ma préférée de la compil')
Janis Joplin – Piece of my heart
Radiohead – Creep (version acoustique)
Evanescence – My Immortal
Scorpions – Still lovin' you
Klub des Loosers – De l'amour à la haine
Etc…
Et lorsque le lecteur de CD est en panne – une fois par semaine – le service n'est ponctué que par les soupirs des clients.
Le repas est cher pour que les clients sentent que l'on profite de la situation jusqu'au bout. Cela leur donne un motif pour se plaindre en quittant le restaurant, si ils en ont encore la force après l'addition et les mignardises.
Les mignardises sont des amuse-gueules sucrés servis en fin de repas entre le café et l'addition. Pour bien faire les choses, chaque plateau de mignardise est prévu pour deux. Deux financiers aux noix, deux crousti-choco, deux truffines etc…
On observe face au plateau de mignardises deux types de comportements. Le client en laisse la moitié et soupire en fixant le couvert resté intact en face de lui ; la cliente mange tout pour noyer son chagrin et culpabiliser. Dans les deux cas, c'est de l'auto-flagellation pure et simple.
Parfois, les Restos organise une soirée à thème sans prévenir quiconque à l'avance. Soirée St Valentin en plein mois d'août, soirée japonaise avec distribution de gâteau-haïku (gâteau au sein duquel se trouve un petit proverbe (morbide ou cul-cul dans notre cas)), ou encore soirée kâmasutra.
Un tel restaurant aurait du fermer boutique depuis longtemps me suis-je dis lors de ma première semaine de boulot. Il n'est pas possible que des gens recherchent ce genre d'ambiance et qu'ils soient prêts à payer pour ça.
Mais peu à peu je comprends comme la démarche des clients est vicieuse et hédoniste. Ils viennent ici pour se morfondre dans leur chagrin et dans le désespoir d'apercevoir quelqu'un de plus malheureux, qui en chie plus, qui fait un peu plus peine à voir, un peu plus pitié. Ca se lit dans les regards furtifs qu'ils se lancent entre eux.
Et de travailler là bas, je me sens de mieux en mieux. Bientôt je serai guéri… non je déconne.
Donc non seulement ça marche, mais ça marche telllllement bien que les dirigeants envisagent de garder ce principe à l'année, tant pis pour les nécessiteux.
Que voulez vous, l'argent n'a pas d'état d'âme… enfin, d'état de cœur.
Je vous réserve une table??

10 gribouillage(s):
héhé
en vrai je suis toujours à la faim des haricots et on change de plat du jour tout les jours. De toutes facon, si vous venez, c'est pour l'apéro gratuit hein!
Sinon, elle vous plait ma playlist? vous auriez mis quoi en plus vous?
Disons: "The fool on the hill" des Beatles...
J'aurais mis Zamfir
et Michelle de Gerard Lenorman.
j'ai oublié "Quand tu danses" de JJ Goldman
Et " C'est une pute " des Fatalbazookas.
Tr*potes moi la b*te avec les doigts de Bernard Minet
James Blunt – Goodbye my lover
Brian Adams – Everything I do
Ben Harper – Alone; Please Bleed
Louis Bertignac – Ces Idées là (ma préférée de la compil')
Evanescence – My Immortal
Scorpions – Still lovin' you
AH AH AH AH AH AH, paie tes références...
Yves, et pour le reste de la playlist? tu kiffes "dites moi" de Michel Jonaz? ca te met la larme à l'oeil?
Héhéhé
Il tě mánqůe Whítneý Hoůston "I wíll álwáys love ýoú"
Na shledanou, et vívě lěs clávíěrš čzech (lire tcheques)
Moi j'aurais bien mis.. " bouquet de nerfs " de noir désir..
Enregistrer un commentaire