mardi 20 mai 2008

Je ne rentrerai pas tard!

Ca se passe la nuit, à n'importe quel moment entre 23h00 et le petit matin. L'action se déroule
toujours de la manière suivante.

Ca commence dans la voiture, au bout de l'allée de 100 mètres couverte de gravier. Le portail s'ouvre, je passe de codes à veilleuses et je déboucle ma ceinture de sécurité.
Je démarre et malgré une allure ne dépassant guère les 12 km/h, je passe rapidement la seconde pour que le moteur fasse le moins de bruit possible.
A une vingtaine de mètres de la maison, au niveau de la haie de bambou, je coupe le moteur, débraye et fini en roue libre. J'arrive sur le parking avec juste se qu'il faut de vitesse pour me garer.
J'appuie sur le bouton du frein à main en le serrant de manière à ce que les petits "clics" marquants chaque cran ne se fassent pas entendre. Je coupe le poste radio et enfin j'ouvre la porte.
Je m'extrais de l'habitacle, me retourne et accompagne la porte de la voiture jusqu'à la butée. J'exerce alors une pression douce avec ma main ou mon postérieur afin que le crochet vienne attraper le bitauniot dans la structure de la portière, le tout sans bruit.
Fin de la partie facile.

Je suis dehors, entouré du silence nocturne et j'en profite pour aller pisser dans la haie avant d'attaquer le gros morceau.

Je me présente devant la porte d'entrée. Je peux exercer les mouvements qui vont suivre avec les yeux clos. Je l'ai même déjà fait, juste pour voir. Dans ma tête commence cette chanson :"La Caution - Thé à la Menthe (The Lazer Dance Version)". Chanson qui accompagne Vincent Cassel dans la scène de Ocean 12 lorsqu'il traverse une salle balayée d'un champ de lazers.
Je suis un Ninja. Un Ninja qui commence par enlever ses chaussures pour les tenir de sa main gauche.
J'enfonce la clé dans la serrure. Ce sera un double tour si c'est ma mère qui a fermé, simple si c'est mon père. Je tourne la clé jusqu'à ce qu'elle se heurte au taquet. Ma main gauche vient alors se poser sur la poignée (à l'exception de l'auriculaire et de l'annulaire auxquels pendent les chaussures) et je laisse aller mon corps en arrière pour que le loquet ne frotte pas les pourtours de sa niche tandis que la clé tourne encore sur un cinquième de tour. La porte est maintenant ouverte sans que j'aie eu à en actionner la poignée. Par chance les gonds n'ont jamais grincés.

Je me faufile donc à l'intérieur en même temps que je retire les clés du barillet pour les enfoncer de l'autre côté toujours en les tenants fermement de la main droite (c'est important).

Fermer la porte est plus délicat que de l'ouvrir puisque que le moindre tintement de clé se fera désormais très sonore dans l'environnement intérieur. La serrure est maintenant sur ma gauche et je commence par donner un cinquième de tour à la clé dans le sens des aiguilles d'une montre pour les mêmes raisons que précédemment. Je pousse la porte dans son encadrement, la maintien en place de mon épaule et laisse ma main revenir en position initiale. La porte est fermée, pas encore verrouillée. Pour se faire, il me suffit d'effectuer une sorte d'auto-clé-de-bras, un tour sur moi-même dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Le geste est gracieux, se fait en une glissade de chaussette et aboutit au verrouillage de la porte d'un simple tour.
Il faut maintenant trouver le cran de sortie de la clé sans desserrer le trousseau, se qui est nettement moins aisé avec un bras dans le dos.

Je retire la clé de la serrure, fais glisser le pouce et l'index de la base de la clé à l'anneau qui la tient et laisse la clé tomber contre le porte-clé en accompagnant sa chute de mon majeur.

Je tends alors le bras vers le crochet situé à droite de la porte, le premier d'une série de cinq –il m'est réservé – et y laisse pendre le trousseau délicatement.

Demi-tour, deux pas et je fais face aux seize marches de l'escalier en bois menant au premier où se trouve ma chambre. Je monte sur la première marche. La case départ. Comme les gonds, cette marche ne grince pas. Je saisis la rambarde de la main droite désormais libre. Et commence l'ascension cauchemardesque. Si tous les bruits de la maison sont maîtrisables, l'escalier n'obéit à aucune règle et craque où et quand bon lui semble. Il existe cependant quelques généralités. Il craque moins en été qu'en hiver, plus sur les marches du milieu qu'au début et à la fin, et surtout, le centre de chaque marche est plus susceptible de craquer que son extrémité.

Résultat: je monte les marches deux à deux, sans à-coup, dans un mouvement fluide, sur la pointe des pieds, offrant le moins de surface de contact entre mes pieds et le centre de la marche et mettant le plus d'appui possible sur la rambarde à laquelle je me tiens fermement.

Une fois en haut, la partie est gagnée, il ne reste plus qu'à flotter jusqu'à ma chambre, éviter de shooter dans le chat et – enfin – me glisser dans mon lit.


OUI MAIS... tout ça c'est fini maintenant. A partir de samedi prochain, je rentrerai tous les soir en chantant la carmagniole si ça me botte. Car oui, j'ai un appart'. Enfin disons plutôt un studio, ou une "coquette studette" pour repredre l'expression de P. Timsit.

23m2 rien que pour moi. Une garçonnière toute pourrite. MAIS C'EST CHEZ MOI.

Vous êtes tous les bienvenus, mais pas tous en même temps.

Ça s'passe à partir du samedi 24; au 22 rue Salanques; près de St Sernin; Appart N°4.

Au passage, qui me prête un camion, un voyager, une kangoo? Et qui à un Clic-clac pas cher à vendre? Et qui viendra me filer un coup de main (ça devrait être jouable en un seul chargement...)